Buveurs de vent de Franck Bouysse

La beauté est une humaine conception. Seule la grâce peut traduire le divin. La beauté peut s’expliquer, pas la grâce. La beauté parade sur la terre ferme, la grâce flotte dans l’air, invisible. La grâce est un sacrement, la beauté, le simple couronnement d’un règne passager.

Chronique indécise

Ils sont quatre, nés au Gour Noir, cette vallée coupée du monde, perdue au milieu des montagnes. Ils sont quatre, frères et sœur, soudés par un indéfectible lien. Marc d’abord, qui ne cesse de lire en cachette. Mathieu, qui entend penser les arbres.
Mabel, à la beauté sauvage. Et Luc, l’enfant tragique, qui sait parler aux grenouilles, aux cerfs et aux oiseaux, et caresse le rêve d’être un jour l’un des leurs. Tous travaillent, comme leur père, leur grand-père avant eux et la ville entière, pour le propriétaire de la centrale, des carrières et du barrage, Joyce le tyran, l’animal à sang froid…

En refermant ce roman, me voilà bien embêtée parce que je ne saurais vous dire si j’ai aimé ou non. Il est évident que cette hésitation ne tient pas à la plume de Franck Bouysse. Elle est le pinceau qui lui permet de nous livrer ce tableau sombre, peint avec des mots qu’il sublime, assemble, arrange pour nous livrer quatre cent pages de poésie.

Il nous offre un concert de thématiques ancestrales et pourtant si actuelles : une ôde à la liberté , un hymne à l’indépendance, une complainte sur le pouvoir qui ronge, rend fou, isole, et enfin, un cantique sur la dévotion à l’ extrême et ses dérives. Ses musiciens sont des personnages à la fois simples et complexes dans leurs rapports à l’autre et en chef d’orchestre, Franck Bouysse leur fait jouer une partition qui… ne m’a pas complètement séduite. Car c’est de là que viens mon problème. C’est elle qui me fait douter : l’histoire.

Plutôt longue à se mettre en place, il m’a fallu atteindre la moitié du roman pour prendre plaisir à la lire. Comprenez moi bien. J’étais séduite par les mots, leur enchaînement, sans pour autant intégrer l’histoire et me perdre au fond du Gour Noir. Puis un déclic et j’ai plongé dans les profondeurs du gouffre… Je me suis attachée à une corde et j’ai rejoint Marc, Luc Matthieu et Mabel pour observer cette vallée étrange et les tragédies qu’elle renferme.

Buveurs de vent, ne m’a certes pas embarqué aux frontières de mon imaginaire, mais j’ai été hypnotisée par le son des mots de son auteur et me suis perdue entre les pages de ce roman rural noir que j’ai terminé en apnée.

Buveurs de vent a été publié le 19 août 2020 aux éditions Albin Michel


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