Vanda de Marion Brunet.

 » Noé s’agite devant le cabanon, il grimace et fait des bruits avec sa bouche pour se rassurer, conjurer la distance. Vanda est une excellente nageuse, mais les profondeurs, la tête d’épingle que forme sa tête à la surface des vagues, ça lui fait un peu mal au ventre, une anxiété diffuse qui mord plus fort les jours de gris. »

Chronique d’une plume écorchée vive… Un presque coup de cœur…

Personne ne connaît vraiment Vanda, cette fille un peu paumée qui vit seule avec son fils Noé dans un cabanon au bord de l’eau, en marge de la ville. Une dizaine d’année plus tôt elle se rêvait artiste, mais elle est devenue femme de ménage en hôpital psychiatrique.
Entre Vanda et son gamin de six ans, qu’elle protège comme une louve, couve un amour fou qui exclut tout compromis.

Ce roman m’a bouleversé et je l’ai terminé en chassant mes larmes d’un revers de la main et pourtant il n’a pas été un coup de cœur. Il aurait pu. Il n’y a qu’un seul point qui m’a dérangé. C’ est une prise de position de l’auteur quant aux forces de police. Alors certes, il s’agit d’un roman, mais il est ancré dans la réalité sociale de 2019, au son des cornes de brumes des gilets jaunes et des revendications des manifestants. En effet, en toile de fond de l’histoire de Vanda et de Noé, le malaise hospitalier, les emplois précaires, la marginalité… Et si ces éléments sont parfaitement décrits et travaillés, il y a un passage qui évoque des violences policières à outrance et qui stigmatise toute une profession pour les écarts de quelques uns. Et j’avoue que cela m’a beaucoup dérangé.

Pour autant, Marion Brunet, par son style écorché, poétique et touchant m’a transpercé le cœur. Elle nous transmet cet amour animal, viscéral et fusionnel que ressent Vanda à l’égard de son fils, Noé, un petit bulot si fort et fragile à la fois :  » Vanda ne comprend pas la fragilité des porcelaines, les préambules et les précautions. Alors un enfant, pour une femme brutale et solitaire, un enfant avec ses yeux d’oiseau sans plumes, sa peau translucide et sa dépendance absolue, elle n’était pas sûre de savoir s’y prendre. La première chose qu’elle a faite, c’est de le renifler. »

Vanda touche autant qu’elle exaspère et elle ne laisse pas indifférent, elle marque, se remarque, se démarque dans ce monde qui, pour elle, est composé de deux parties: les marginaux, les classes sociales les plus basses d’un côté et le reste du monde de l’autre. Une vision binaire, sans nuance, une vision brutale, une vision made in Vanda.

Marion Brunet se sert également de ce roman pour évoquer la fuite. La fuite en avant, celle que l’on prend quand on n’assume plus ses choix, quand on cherche à devenir quelqu’un d’autre, ou quand on se cherche. Elle évoque la non-maternité, ce choix que l’on reproche à certaines femmes, les pointant du doigt comme des égoïstes alors même que vouloir un enfant est un acte égoïste.

Vanda est certes un roman noir, mais c’est aussi un roman sociétal. C’est une histoire contemporaine, ancrée dans une réalité que certains refusent de voir. Vanda, c’est la plume de Marion Brunet, poète moderne à l’écriture incisive. Vanda, c’est une femme qui vous bouleversera.

Vanda de Marion Brunet, paru le 26 février 2020 aux éditions Albin Michel.


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